INTERVIEW : Réagissant aux déclarations des pouvoirs publics sur la protection des utilisateurs de cabines UV, le vice-président du Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine (SNPBC), Hervé Corlay, estime que la réglementation française est déjà la plus rigoureuse d'Europe.
Proguidespa.com : Depuis la rentrée, les pouvoirs publics multiplient les mises en garde contre le risque de cancer dans les cabines UV. Les professionnels ont-ils des raisons de s'inquiéter ?
Hervé Corlay : Non. Ce sont des annonces purement électoralistes. Les pouvoirs publics n'écoutent pas les professionnels du bronzage. Ils semblent ignorer que la réglementation actuelle est déjà la plus rigoureuse d'Europe. Au fond, je pense que ces déclarations s'inscrivent dans une polémique plus vaste qui touche l'ensemble des soins esthétiques, dont le cadre juridique est aujourd'hui remis en question par la diffusion de nouvelles technologies, comme les lampes flash, ou de techniques médicales comme le botox.
Le Ministère de la santé fait référence à des tests réalisés par le Laboratoire national de métrologie et d'essais qui indiquent qu'une cabine sur cinq est au-dessus des normes en vigueur**. Vous n'y croyez pas ?
D'où vient précisément ce chiffre ? Nous ne comprenons pas, car nos installations sont contrôlées tous les deux ans par onze organismes indépendants agréés par le Ministère de la santé, qui compile tous les chiffres. La réalité, c'est que, en 2010, seuls 45 solariums sur les 6 278 vérifiés n'ont pas obtenu leur certificat de conformité. Par conséquent, on ne peut pas nous opposer des chiffres qui contredisent les contrôles officiels de nos installations, lesquelles, je vous le rappelle, sont étalonnées par ce même Laboratoire national de métrologie et d'essais !
Contestez-vous aussi les résultats d'une récente étude scientifique américaine réalisée auprès de 73 494 infirmières** qui confirme le risque de cancer à partir de quatre séances d'UV par an ?
Non. Mais, là encore, de quoi parle-t-on ? Sait-on si toutes ces personnes ont subi de manière homogène le même rayonnement en UV en dehors des solariums ? A-t-on également segmenté cette population en fonction des phototypes ? Pour l'instant, nous manquons d'information. Mais s'il s'agit de dire que l'abus peut poser des problèmes, nous sommes d'accord. Je rappelle que les UV en cabines ont déjà été classés en catégorie cancérigène en 2009 par le Centre international de recherche sur le cancer (ndlr : appartient à l'Organisation mondiale de la santé). Au passage, cette classification a été réalisée sur la base d'études aux Etats-Unis, au Canada et dans les pays scandinaves, où les phototypes 1 sont plus nombreux qu'en France...
Le Ministère de la santé évoque des amalgames entre les cabines UV et de supposés effets amincissants ou anti-âge. Vous sentez-vous visés ?
C'est faux ! En aucun cas, l'exposition aux UV ne fait maigrir, ni ralentir le processus de vieillissement de la peau ! Ce genre d'argumentation doit être dénoncé. En revanche, il existe des appareils qu'on appelle « tours de bronzage », qui permettent de bronzer sous des UV, en étant debout sur une planche dont les vibrations produisent une action de drainage. Rien à voir avec un effet direct des UV.
Le secrétaire d'Etat chargé de la consommation, Frédéric Lefebvre, envisage de modifier le décret de 1997. Faut-il dépoussiérer ce texte ?
Non. La réglementation de 1997 régit assez parfaitement le marché. Elle impose que la puissance des UVA et celle des UVB ne doivent pas dépasser chacune 0,15 watt par m2. Jusqu'à l'année dernière, dans des pays comme la Belgique, l'Allemagne, le Royaume Uni ou les Pays Bas, cette puissance était deux fois supérieure à celle autorisée en France. Entre-temps, une directive européenne s'est alignée sur la réglementation française mais avec une nuance de taille : elle a fixée une limite maximale de 0,3 watts pour la somme des puissances UVA + UVB, et non pas pour chacune d'entre elles, ce qui place toujours la France en tête des pays les plus réglementés.
Il y a tout de même une volonté de mieux encadrer cette activité à l'échelle européenne. Pourquoi la France y échapperait-elle ?
Parce qu'elle est en avance ! Le décret de 1997 ne limite pas seulement la puissance des UV. Il y a aussi toute une série d'interdictions. Par exemple, l'accès des mineurs est interdit, alors que d'autres pays, comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne, l'autorisent. Aux Etats-Unis, la Californie vient seulement de leur interdire l'accès aux cabines UV... En France, il est aussi interdit de laisser des solariums en libre service. Les exploitants ne peuvent pas non plus accepter des personnes qui appartiennent au phototype 1. J'ajoute que la loi impose aux exploitants d'avoir du personnel formé, de fournir des lunettes de protection à leurs clients, etc. Bref, le cadre est déjà très contraignant.
Vous avez dit que ce décret régissait « assez parfaitement » le marché. Que proposez-vous pour améliorer la législation actuelle ?
Tout ce qui va dans le sens d'une meilleure information du public est une bonne chose, même si nous observons que les clients qui font des excès sont plutôt rares. Renforcer la professionnalisation du personnel est aussi une démarche que nous approuvons. Il existe déjà une certification pour le personnel, mais on peut très bien imaginer des mesures pour améliorer le dispositif actuel.
Le marché du bronzage en cabines est relativement modeste en France. Comment comptez-vous vous faire entendre ?
C'est vrai. Nous réfléchissons sur les moyens de communiquer, mais nos marges de manoeuvre sont limitées. Le décret de 1997 nous interdit de parler des bienfaits des UV sur la peau, contrairement à l'industrie de la protection solaire, qui peut promouvoir les effets hydratants ou anti-âge de ses crèmes. Pourtant, l'exposition aux UV est responsable de plus de 80% de la synthèse de la vitamine D dans l'organisme et sa carence peut poser des problèmes. Aux Pays-Bas et au Royaume Uni, les pouvoirs publics l'ont compris et ils sont en train de changer de discours...

